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12/06/09

Binoche Renaud Giquello
EMail : jcbinoche@wanadoo.fr
Tél. : +33(0) 1 47 42 78 01

Estimation : 150 000 - 200 000 €

Résultat : 150 000 € Lot n°9

François BOUCHER (Paris 1703 1770)

L'eau ou les Pêcheurs Toile, anciennement présentée dans un cadre chantourné. Inscription en bas vers le milieu Boucher. 93 x 110,5 cm PROVENANCE : Collection Eudoxe Marcille, Paris ; toujours resté dans la famille. EXPOSITIONS : Tableaux anciens et modernes exposés au profit du Musée des Arts décoratifs, Paris, Musée des Arts décoratifs, Palais des Tuileries, Pavillon de Flore, 1878, n° 18 (collection Eudoxe Marcille) ; Les cent chefs d'oeuvre, Paris, Galerie Georges Petit, 1883 ; Tableaux de Maîtres anciens au profit des inondés du Midi, Paris, 1887, n° 9 (collection E. Marcille). BIBLIOGRAPHIE : P. Lacroix, 3e Annuaire des Artistes et des Amateurs, 1862, p. 137 ; E. et J. de Goncourt, L'art du XVIIIe siècle, vol. I, Boucher, Paris, 1880, p. 194 ; A. Michel, François Boucher, Paris, 1906, n° 1714 ; A. Ananoff, François Boucher, Lausanne et Paris, 1976, Tome 1, cité sous le n° 274, gravure reproduite fig. 811. Notre tableau est le premier à réapparaitre d'une série de quatre tableaux représentant les quatre éléments, probablement des dessus de portes étant donné la forme chantournée qu'on devine encore ici. Jamais vu depuis 1887, sa composition demeurait connue : - par une version d'atelier conservée au Museum of Fine Arts de Houston (anciennement Beurnonville et donation Blaffer ; voir A .Ananoff op. cit. supra, n°274, reproduit avec participation de l'atelier - par une copie ancienne (Vente Christie's, Londres, 9 mars 1962, n°167) - et surtout par la gravure de Claude Duflos Le Jeune (Paris 1700 - 1786) ; voir P. J. Richard, L'oeuvre gravé de François Boucher dans la collection Edmond de Rothschild, Paris, 1978, n°913, reproduit. Cette gravure, ainsi que les trois autres de la série, comportait de part et d'autre du titre, huit vers dédoublés signés Moraine : Apprenez, mes Enfants pour connaître le monde, Que comme par l'appas qui cache l'hameçon, Vous sçavez attraper le plus adroit Poisson, Malgré la profondeur et les détours de l'Onde ; Ainsi que les discours d'un dangereux flateur, Et les attraits fardez d'une Femme rusée, La plus grande Sagesse est souvent abusée. Gravez cette leçon au fond de vôtre Coeur. Moraine. Nettement rectangulaire et non plus chantournée, elle est signée Fr. Bouché invenit (et non pas Pinxit), ce qui fait penser à Alastair Laing qu'elle a été réalisée à partir d'un dessin plutôt que du tableau (probablement la sanguine qui figurait à la vente après décès de Huquier du 9 novembre 1772). La mention Bouché (et non Boucher) indique qu'il s'agit d'une des premières collaborations entre les deux artistes, collaboration qui se termina par une brouille en 1755, ce qui indique une datation ante quem de notre tableau. Les trois autres tableaux de la série sont connus par des gravures de Duflos, et pour ce qui concerne l'Air par une autre version d'atelier conservée à la Corcoran Gallery of Art de Washington (voir A. Ananoff opus cité supra, n°273, reproduit, fig. 809). La représentation des amours et autres putti a toujours été associée au nom de Boucher. Alastair Laing (in catalogue de l'exposition François Boucher, New York, Detroit et Paris, 1986-1987, pp. 133 et s. sous le n°15) a fait remonter les sources à la Renaissance (Titien) puis au XVIIe siècle (les Bacchanales de Poussin, le plafond Barberini de Pierre de Cortone). "Le goût de Boucher pour les putti naquit peut-être en Italie". A son retour en France, Boucher dut voir les tableaux de François Lemoyne qui déjà popularisaient le sujet. Toujours est-il qu'il peignit tout au long de sa carrière plusieurs tableaux ou séries de tableaux représentant des jeux d'enfants (liste presque exhaustive dans le catalogue de l'exposition Boucher 1986-1987, pp. 133 et s. Beaucoup de ses tableaux furent gravés, ce qui n'est pas neutre dans l'univers de François Boucher qui chercha toujours à diffuser son monde par ce moyen d'expression. C'est un monde plein d'imagination et de beauté. "Son activité principale (de l'enfant) est le jeu... le goût de la vie avec son grouillement et son tapage ; les enfants de Boucher s?agitent et gesticulent" (G. Brunel, Boucher, Paris, 1986, p. 259). C'est un monde fait d'insouciance et de spontanéité qui correspond si bien à ce "Moment de perfection de l'art français" qu'est le siècle de Louis XV. On est encore loin ici de l'Emile de Jean- Jacques Rousseau. La datation de notre tableau vers 1744 proposée par Alexandre Ananoff est très convaincante. On reviendra ici sur la personnalité de Eudoxe Marcille (1814-1890). Il est le fils de François Martial Marcille, grainetier aisé qui s'installe à Paris en 1822 où il fréquente le Louvre. Passionné par le XVIIIe français et d'abord par Greuze, il est avec le célèbre Docteur Lacaze, le premier chineur de France. Sa collection immense comporte 30 Chardin, 40 Boucher et 25 Fragonard entre autres. Eudoxe quant à lui continuera cette oeuvre. En 1870, il deviendra directeur du musée d'Orléans. Mais Boucher, c'est aussi et surtout une formidable joie de peindre. Et on admirera ici ce souple et subtil agencement à la Rubens des trois enfants potelés, et les magnifiques morceaux de peinture pure que sont les poissons et les filets. Nous remercions Alastair Lang pour avoir confirmé sur photo l'attribution de notre tableau et pour nous avoir fourni certains éléments bibliographiques.